ITALIE


ITALIE
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ON OBSERVE tout au long des âges une sorte d’attraction, sinon de fascination, exercée par les régions d’Italie sur les populations de l’Europe centrale et septentrionale. Les touristes ont succédé aux voyageurs britanniques et allemands Goethe, Byron et Nietzsche, et les archéologues du XVIIIe siècle avaient eux-mêmes pris la suite des pèlerins de la chrétienté et des conquérants français ou impériaux qui ont tenté de s’implanter au sud des Alpes, comme les Barbares avant Charlemagne et les Celtes avant Jésus-Christ. Or, toutes ces poussées d’invasions pacifiques ou guerrières, inspirées par la culture ou la rapacité, religieuses ou commerciales, ont toujours emprunté les mêmes routes et conduit à peu près aux mêmes points entre les Alpes et la mer. Des ports accueillants sont disposés en couronne dans l’Italie méridionale: Palerme, Naples, Tarente, Brindisi; les passages s’alignent en éventail au-delà de l’Italie du Nord; «le Brenner a servi de route aux Cimbres et aux Teutons; par là sont toujours passés les empereurs lorsqu’ils allaient en Italie se faire couronner ou développer leur politique. Dès l’époque romaine certainement, et bien avant déjà sans doute, les routes des Alpes entre la Gaule et l’Italie étaient celles-là même que suivent encore aujourd’hui les automobiles; la via Aurelia filait le long de la Corniche; le mont Matrona (Mont-Genèvre) servait à passer de la Doire Ripaire dans la Durance; et par la voie du Saint-Bernard... un flot de civilisation n’a cessé de couler...» (Lucien Febvre, La Terre et l’évolution humaine , Paris, 1922). C’est là l’aspect passionnant de l’Italie: l’histoire avec ses plis invétérés et ses constantes y est logée dans les profondeurs de la géographie.

Nous trouvons donc là un lieu de condensation, où l’énorme travail d’assimilation et d’échanges qui élabore une civilisation s’est produit pendant des siècles dans des circonstances telles qu’on ne peut le parcourir sans en éprouver la vertu.

La nature a imposé à cette longue masse oblique, à arête montagneuse, un cloisonnement extraordinaire. Aucun fleuve italien n’est un élément de liaison ni un facteur d’équilibre: le Tibre a l’irrégularité d’un torrent. Des deux rivières alpestres, le Pô et l’Adige, seul le premier contribue étroitement à l’activité des provinces du Nord, mais avec des étalements dangereux et un delta inextricable. En contrepartie, la variété du relief et la qualité des roches multiplient les formations bizarres: Dolomites, sites «lunaires» de Volterra et de Sicile; les compositions charmantes: terrasses des monts Euganéens, des collines toscanes, des monts Albains; les «monstres sacrés»: Vésuve, Etna, régnant sur les laves et le soufre. L’Italie possède une gamme de pierres et de matériaux de construction exceptionnels, et de temps immémorial chaque province a eu ses prédilections: briques, pépérin, travertin, marbre. La polychromie y va de soi. Une ville entièrement artificielle comme Venise contient tous les matériaux d’usage ou de luxe des Alpes et de l’Adriatique, du marbre à la pierre d’Istrie.

Une sorte de répertoire complet des types géologiques avec les couleurs du sol, les mouvements du relief et la végétation se déploie des contreforts alpestres, où se logent des lacs fameux, aux zones de marécages, aux arêtes arides semées de cactus et d’aloès. Les paysages sont tellement individualisés que l’art en a recueilli la variété: mosaïques antiques, peintures romaines, fresques toscanes, tableaux vénitiens jusqu’au moment où, parallèlement aux artistes italiens, les adeptes du paysage historique, Corot et les fidèles de Venise s’en sont à leur tour emparés. La diffusion et l’imitation les ont fait connaître partout et ils ont offert des modèles tour à tour aux générations classicisantes et aux romantiques.

L’homme est ici présent dans l’aspect même de la nature. Les Étrusques, puis les anciens Romains ont dû régulariser les cours d’eau, aménager les terres. Les passages ont dû être cherchés, le sol traité, amendé un peu partout. L’industrie humaine intervient de toutes parts, spectaculaire avec les digues et les aqueducs, discrète avec les terrasses et les alignements agricoles. Mais il y a plus: «Nous avons tendance à oublier que le paysage italien a été modifié par l’introduction de plantes importées; le cyprès lui-même, l’oranger et le maïs, et une centaine d’autres, petites et grandes, qui nous semblent si caractéristiques, [étaient] étrangères à ce sol...» (N. Douglas, Siren Land , 1911).

L’apparence même de ce pays a donc connu de grands changements depuis la protohistoire: pour la seule Campanie, il faut songer que l’Antiquité ne connaissait pas le figuier de Barbarie ni les griffes de sorcière (le mesembryanthenum rampant), on ne les voit pas sur les décors pompéiens. Au Nord, le maïs n’est arrivé qu’après la découverte du Nouveau Monde. On doit toujours vérifier dans les Géorgiques de Virgile la gamme exacte des arbres et des plantes anciennes. La noix (nux ), la châtaigne (nux castanea ), la poire (pirum ), la pomme (malum ) et, bien sûr, la vigne semblent là depuis toujours; mais la pêche (malum persicum et persica ) et la grenade (malum punicum ) déclarent par leur nom même l’importation, et un bon nombre d’acclimatations remontent à l’âge impérial; l’oranger, sans lequel on imaginerait mal la Campanie, est venu d’Orient au temps des croisades. Quant aux fleurs et aux végétaux d’ornement, c’est tout un chapitre de l’horticulture qu’il faudrait dérouler pour rendre compte de leur apparition régulière en Italie et de leur diffusion à partir de ses jardins et de ses parcs. L’intervention constante de la volonté et de l’ingéniosité dans le paysage est une loi de cette terre.

L’Italie est profondément provinciale, ce qui signifie trois choses: une intense vie locale, qui confère une identité humaine, folklorique, commerciale aux provinces et leur a valu d’engendrer autant de principautés et de républiques qu’elles ont pu; en deuxième lieu, une longue accoutumance aux rivalités, aux conflits, aux concurrences et aux accords de voisin à voisin, qui rend l’histoire d’Italie aussi complexe que celle d’un continent à l’unification difficile. En contrepartie, enfin, la tendance, très marquée dans les régions périphériques, mais sensible aussi dans presque toutes les autres, à s’associer à l’activité politique ou commerciale, culturelle même, d’autres contrées. Les forces vives de tout l’Occident s’y prolongent. Les cultes orientaux se sont implantés à Rome, comme la peinture grecque. Dante est proche des troubadours. Canova est le grand sculpteur de l’Empire napoléonien. L’Italie, avec initiative et ardeur, a toujours vécu par l’une de ces composantes à l’unisson de l’Occident tout entier. Ce trait explique qu’un Européen, quel que soit son pays d’origine, trouve toujours dans la péninsule quelque écho de ce qui lui est familier. Il s’explique lui-même assez bien par l’imprégnation, complète, totale, subie par l’Italie des deux «universalismes» qui ont pour centre Rome: celui du grand empire méditerranéen de l’Antiquité, celui de l’Église chrétienne.

Ce rapport entre la petite appartenance (voire le «campanilisme») et la grande appartenance (institutions ou réseaux d’échanges débordant les frontières) a un caractère paradoxal, mais il est typique: toute la vie italienne combine des solidarités opposées. Le Lombard ou le Napolitain a toujours circulé par le monde: il s’expatrie aisément quand la misère le pousse, mais il n’oublie jamais son village; au fond de l’Amérique, il reste italien.

La langue même a un statut significatif. L’italien n’a pas été la plus précoce des langues romanes; la littérature de si est intimement liée au développement des cultures d’oc et d’oïl ; elle se forme en Sicile, en Toscane, sur un mode savant en même temps que se précisent les modalités populaires du langage. Mais à la fin du XIIIe siècle, Marco Polo écrit en franco-vénitien son curieux récit de voyage Il Milione , comme si Dante et Boccace n’avaient pas existé. Les progrès réguliers du toscan, qui tend à être la langue nationale, seront soutenus par Bembo en Vénétie et par les poètes du XVIe siècle; mais ils n’entraînent pas la réduction des parlers locaux. L’Italie était encore au XIXe siècle et reste, moins nettement, bien sûr, au XXe siècle un pays de dialectes: un Piémontais comprend mal le vénitien et point du tout le sicilien. Le folklore et les festivités, où toutes les classes se retrouvaient, ont longtemps affirmé la même diversité. Dans le calendrier des fêtes liturgiques s’insèrent d’étonnantes inventions populaires. Les facéties bruyantes du carnaval, les cérémonies du mariage révélaient encore au siècle dernier des formes singulières et rituelles, sans compter les fêtes locales qui commémorent quelque événement lointain: à la procession des Gigli (lys) à Nola (province de Naples), où des guglie de vingt-cinq mètres de haut sont promenées en souvenir de l’évêque Paulus au Ve siècle; à Messine, la cavalcade du Géant et de la Géante (Cam et Rea , ou Saturno et Cibele ), énormes figures équestres de carton-pâte, complète pour la sortie du 15 Août la pyramide garnie d’anges de la Vara. La merveilleuse partie d’échecs à figures vivantes sur la place dallée de Marostica (près de Vicence) se réfère à un drame du XVe siècle. L’art populaire, c’est-à-dire les manifestations des terroirs dans le costume, le meuble ou le décor, survit dans les chars peints de Sicile, les crèches de Naples, la céramique des Abbruzzes. Beaucoup de ces pratiques, en voie d’extinction, se révèlent de date finalement assez récente, mais le propre de ces jeux et de ces formes est d’apparaître comme anonymes et sans âge. Parfois on voit affleurer l’usage «païen»: à Cocullo (province de L’Aquila) on promène une statue de saint Dominique couvert de couleuvres au cours de la fête des serpari. On peut être assuré qu’en Italie les pratiques de la vie communautaire déployée en plein air n’ont jamais cessé, justement parce qu’elles permettaient à chaque bourg et à chaque province de se soutenir et de s’affirmer. Le charmant livre des contes et légendes recueillis par Italo Calvino (Fiabe italiane , Turin, 1950) confirme cette répartition régionale des fictions et des superstitions.

L’Italie a été au cours des âges une fabrique incessante de miracles, de dévotions et de légendes. Devant l’émouvant trésor d’histoires pieuses et de prodiges accumulé par le Moyen Âge, dans la Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe s.), comment ne pas songer aux croyances et aux fables déroulées dans cet étonnant calendrier des fêtes religieuses que révèlent les Fastes d’Ovide (pour les six premiers mois de l’an) en indiquant déjà des variantes notables selon les lieux? Un poète romain cultivé du Ier siècle fait ainsi affleurer au niveau littéraire un fonds de croyances et de pratiques populaires. C’est là un mouvement que l’on voit se produire constamment dans le domaine italien. Mais il est rendu possible par le goût éperdu du conte, du récit, de l’histoire chez les humbles. Stendhal s’arrête un soir de février 1817 à Castelfiorentino, et trouve trois jolies paysannes: «Il y avait sept à huit paysans auprès d’elles. Je donnerais en mille à deviner l’occupation de cette société de laboureurs: ils improvisaient, chacun à son tour, des contes en prose dans le genre des Mille et Une Nuits. J’ai passé à écouter ces contes une soirée délicieuse de sept heures à minuit...» (Rome, Naples et Florence , 1817).

Ces particularités ont fortement pesé sur la vie historique de l’Italie. Tout au long des âges, elle a été victime de la notion d’empire, qu’elle a créée et qui lui a échappé. La renaissance plus ou moins factice de l’idée d’imperium avec les Carolingiens puis les Ottoniens n’a fait que confirmer le caractère «formel» de l’unité politique. Ce cadre «universel» ne pouvait pas plus permettre la formation d’une conscience «nationale», l’attachement à une italianità explicite que les prérogatives «catholiques» de l’Église romaine. Les grands intellectuels, Dante, Machiavel, Foscolo, ressentiront cette situation comme une faiblesse irrémédiable, dans la croissance de l’Europe moderne. Au chant VI du Purgatoire, avant de prononcer l’imprécation fameuse sur l’Italie politiquement informe: «Ahi serva Italia, di dolore ostello... », le poète Sordello adresse à Virgile le salut d’un compatriote, au seul sens vrai, c’est-à-dire au sens de la province: «O Mantovano, io son Sordello, Della tua terra... » Les difficultés de l’Italie sont uniques dans le développement des derniers siècles. Grande terre de civilisation, siège de l’Église catholique, elle ne s’appartient pas à elle-même. L’égoïsme et l’âpreté des cités commerçantes de la mer, Pise, Amalfi, Gênes, Bari, Venise, ou de l’intérieur, Vérone, Florence..., ont évidemment entretenu la désunion: les rivalités d’intérêt ont toujours été l’obstacle immédiat à l’unification; Venise a longtemps résisté à l’intégration, qui n’est devenue possible qu’avec la ruine de son empire maritime. Mais cette «insularité» des républiques a coûté cher à l’Italie. Du XVIe au XIXe siècle, l’Espagne et l’Autriche ont fait régner par leur double mainmise pesante au Midi et au Nord une organisation factice dont la conséquence ne pouvait être que la résignation, coupée de vaines révoltes comme celles de Naples, et l’attachement des masses à leur culture propre. On dirait que la mentalité populaire a couvé sous la cendre de ces régimes médiocres, dont Stendhal a si bien démontré la corruption et le ridicule. Le Risorgimento a pris ainsi une importance capitale, en suscitant plusieurs aspirations mêlées: l’unité nationale (plus difficile à réaliser dans un pays sans développement économique), la modernisation du pays, c’est-à-dire l’alignement avec les autres pays d’Europe, et enfin, associé à ces revendications, le besoin d’une «renaissance» de cette société tout entière, impliquant une poussée populaire, le retour à l’authenticité d’une large histoire et un regain d’ardeur créatrice, bref un appel un peu anachronique à la renovatio comparable aux mouvements de masse médiévaux. Le succès du fascisme a pu venir du fait qu’il répondait tardivement à cette triple aspiration. L’Italie du XXe siècle achève une longue maturation qu’avait retardée une évolution inégale, par le fait que la civilisation industrielle du XIXe siècle a oublié la Méditerranée, mais aussi par la complexité naturelle du pays.

Une certaine propension à l’éloquence trop généreuse et à l’emphase peut être dans la vie, dans la littérature, dans l’art, le revers de l’aptitude italienne au discours. La parole et souvent le chant sont sentis comme l’accompagnement nécessaire des événements et des accidents de toute existence. La volubilité et l’abondance de la rhétorique sont au langage ce qu’est le «grand air» à l’opéra. Cet élément qu’on peut appeler «oratoire», s’il est associé à un grand souffle, provoque une adhésion complète, et c’est peut-être ce qui permet à tant d’œuvres italiennes, littéraires, musicales ou plastiques, de toucher la foule et non pas seulement une élite bien préparée. Il y a d’ailleurs peu de littératures où l’on trouve une attention si constante à la «vie des humbles», aux situations communes, à la grâce et à l’émotion cachées dans la banalité quotidienne. Le «nouveau réalisme» du cinéma italien après 1945 a rendu manifeste cette disposition naturelle, qui traverse depuis des siècles la culture de ce pays, avec d’intéressantes nuances de province à province: la prédication franciscaine a suscité ainsi un écho durable; le terrible Dante donne la parole aux damnés, mais il n’en fait pas des démons et c’est une confession d’hommes qu’on entend. Le Lombard Manzoni écrit à sa manière, dans la grise et sensible narration des Promessi Sposi, une version grave d’Humiliés et offensés et le Sicilien Verga tisse ses contes nets et émouvants d’une analyse saisissante de la détresse humaine.

On peut, on doit même considérer sous cet angle les innombrables ouvrages de la peinture et de la sculpture en Italie. Là aussi une certaine solennité de ton est souvent de mise dans les retables, dans les tombeaux, mais avec toutes sortes d’accompagnements, de nuances, où la gentillesse, la délicatesse et même l’entrain trouvent leur cheminement. Les scènes religieuses deviennent des scènes de la vie quotidienne où les sentiments familiaux, si puissants dans ce pays, se reflètent entièrement. C’est là sans nul doute un des aspects majeurs de la mentalité catholique, capable de compromissions ou de confusions entre le profane et le sacré, que la conscience religieuse du Nord a fini par trouver intolérables au temps de la Réforme, mais que l’art baroque a développées de plus belle au XVIIe siècle. Périodiquement, il a été question de purifier l’art sacré, mais l’entraînement vers les images florissantes et le faste associé aux évocations familières a toujours pris le dessus, jusqu’aux excès du décor creux qui sévit au XIXe siècle.

L’autre aspect positif du «grand souffle» cher aux Italiens est l’aptitude à concevoir de vastes organismes et, en particulier, de bien comprendre la portée morale, sociale, civique des partis d’architecture et d’urbanisme. On songe ici à ceux qui ont attaché leur nom à de puissantes compositions: Buscheto à Pise, Giotto à Florence, Michel-Ange au Capitole, Bernin à Saint-Pierre. La monumentalité est le sens de l’effet complet, c’est-à-dire agissant sur le sentiment; il en résulte une «théâtralité» qui peut être poussée jusqu’à l’absurde dans les régions favorables au baroque. Avec leurs décors de fête, le sanctuaire, la place, parfois même le palais, sont des lieux de large participation. Ils rassemblent, ils relient dans leur jeu scénique toute une communauté.

L’un des traits les plus remarquables et les plus heureux de l’Italie est, au moins jusqu’à une date récente, l’accord constant de l’architecture avec l’ensemble urbain et leur association précise avec le site, comme tant d’ensembles sublimes: Venise, Urbin, Spolète, Palerme, cent modestes bourgades découpées à point nommé sur le ciel viennent en témoigner.

Après avoir été essentielle dans le monde antique, et étroitement liée à tous les actes de la vie, la religion n’a cessé depuis le Moyen Âge de donner un cadre à la vie. Les saints ont souvent en Italie des physionomies extrêmement précises, avec des appartenances locales bien définies: ainsi, saint Antoine à Padoue, saint Nicolas à Bari et les saints protecteurs un peu partout; la Madone est présente par d’innombrables sanctuaires, beaucoup commémorant des miracles – ainsi, à Brescia comme à Venise, les églises Santa Maria de Miracoli – et surtout par une masse extraordinaire d’images de dévotion, qui s’étend à la rue, à la demeure.

La morale chrétienne a ses sévérités, mais souvent l’indulgence pour la faiblesse humaine se mêle curieusement à la réprobation. Il s’agit là d’un trait fréquemment attesté. Cosme de Médicis fermait les yeux sur les frasques un peu fortes de Filippo Lippi, et les mœurs du XIVe siècle n’étaient pas toujours strictes à en juger par Boccace. Une curieuse page de Dürer donne sur le climat vénitien un aperçu qui anticipe ce que nous enseignera Casanova sur un «monde» amusant et libertin. Ravi de la ville, le peintre décrit les «aimables compagnons» qu’il a rencontrés: «pleins de raison, instruits, bons joueurs de luth et de flûte, connaisseurs en peinture, de nobles tempéraments, des gens de droite vertu qui me font beaucoup d’honneur et d’amitié. Par contre, on trouve aussi les plus malhonnêtes trompeurs et voleurs, les pires vauriens qu’il existe, je crois, sur terre. Et quelqu’un qui ne les connaîtrait pas penserait que ce sont les gens les plus aimables de la Terre. Je ne puis m’empêcher de rire d’eux quand ils parlent avec moi. Ils savent que l’on connaît leur méchanceté, mais ne s’en inquiètent pas...» (lettre à W. Pirckheimer, 7 février 1506). Mainte figure un peu louche de Véronèse ou de Tiepolo doit peut-être sa promotion dans les fresques ou dans les tableaux d’églises à une attention amusée du même ordre. Sans remonter au Satiricon , l’immoralité déclarée et rieuse avait, si l’on peut dire, ses lettres de noblesse chez Boccace et chez Pulci, qui a mis en circulation avec l’Astoroth de son Morgante le démon de la malice incrédule.

On ne saurait donc minimiser l’importance de la veine satirique et de l’ironie dans tout ce que produit l’Italie. La bouffonnerie «surréaliste» de l’étonnant florentin Burchiello, l’acidité de la Mandragore de Machiavel, l’humour léger des comédies de Goldoni à qui, fait significatif, Gaetano De Sanctis reprochait de manquer de cette divina malinconia qui est indispensable au génie. Mais cette ironie va plus loin. Elle est caricature des comportements solennels. Elle remet en question la validité de l’attitude noble, du discours théâtral et du formalisme traditionnel. D’où l’intérêt d’un génie comme Pirandello, Sicilien comme on sait, qui tire précisément un comique nouveau et difficile à imaginer ailleurs qu’en Italie, de l’exploration ingénieuse de la «théâtralité» et de ses conventions. La personnalité qui trouve sa distance propre vis-à-vis des coutumes et des croyances devient capable d’une analyse radicale des mécanismes humains et sociaux, d’une cruauté étonnante: ainsi Machiavel, qui ne permet aucune illusion à la politique, et son ami Léonard, impitoyable à la bouffissure et aux «folies» humaines. L’un l’illustre par la grande histoire, l’autre par de petites fables ou des dessins féroces. Une attitude qui trouve son prolongement dans les films somptueux et féroces de Federico Fellini.

Dès la fin du Moyen Âge l’Italie se distingue par ses conteurs et ses historiens. Elle fournit à l’Occident le modèle des récits gais (Boccace, Bandello) et des narrations soutenues (Machiavel, Guichardin), où se fait la chronique du monde présent. Cette aptitude à la narration intervient dans les arts. Les scènes de la peinture monumentale sont nommées storie , car c’est moins la composition qui importe que la situation évoquée, le moment du récit supposé qui a été choisi. La Renaissance est marquée par de grands «cycles», où l’organisation des images compose un immense discours scripturaire et savant (chapelle Sixtine, Stanze du Vatican), puis dans des décors triomphaux en l’honneur des princes et des pontifes; veine originale dont Tiepolo, le dernier sans doute, a retrouvé le brio. Ce goût pour les personnages romanesques, les fantasmagories, les fables que l’on peut recueillir du fond des âges ou des pays lointains amène l’art savant à rejoindre l’art populaire. Le succès de la mythologie païenne dans l’Italie du XVe siècle a été l’œuvre des doctes, mais on eut parallèlement la vogue surprenante des reali di Francia et des preux de Charlemagne chez les poètes sérieux ou fantaisistes de la Renaissance: Boiardo, l’Arioste, et l’on chante toujours leurs aventures en Sicile.

La beauté des villes, le bonheur des aménagements, le charme des décors supposent l’intervention modeste et constante de merveilleux artisans. L’Italie est le pays où les hommes de la petite invention, attentifs à tout ce qui organise, orne, facilite, égaie l’existence, ont toujours rivalisé de ressources. Vieille aptitude méditerranéenne, perdue dans l’Islam (sauf le luxe des demeures), sclérosée à Byzance et reprise en Italie avec un développement sérieux des artes mechanicae médiévaux; elle aboutit à la Renaissance à un immense succès des ingénieurs et des artisans de la péninsule, qui peu à peu rééduqueront en ce sens toute l’Europe. Léonard de Vinci n’est après tout que le prolongement génial de ces hydrauliciens, carrossiers, ciseleurs, armuriers. Au XXe siècle, l’une des contributions de l’Italie à la civilisation industrielle n’a-t-elle pas été la minivoiture, la Vespa et les machines Olivetti? Les domaines où s’est avérée la supériorité européenne des Italiens, la musique et le théâtre, supposent précisément tout un concours d’initiatives pour la mise en scène et le décor, des «machines», des instruments, des costumes... Et quelque chose d’essentiel s’exprime dans la libre invention de la commedia dell’arte .

Cette disposition trouve son prolongement dans la production des recueils pratiques, des ouvrages techniques, des traités. Ceux-ci répondent moins à l’exigence de donner la formule définitive que d’assurer par le passage à la théorie le bien-fondé des schémas et des moyens. On le voit avec le précoce traité De la peinture (1435) d’Alberti, destiné à remplacer le manuel du praticien de Cennino Cennini (vers 1400). Palladio publiera les Quattro Libri (1570) où il rassemble ses modèles. Le père Pozzo donnera le recueil des constructions en trompe-l’œil (1693). Ferdinando Bibiena exposera les grands types de décor scénique (1711). Il n’est aucun domaine, de la cuisine à l’équitation, de la peinture à la musique, où les Italiens ne soient intervenus pour donner à l’activité des praticiens une assiette sérieuse. Par là, ils ont puissamment contribué à fixer le vocabulaire universel des arts.

L’apport de l’Italie à la culture occidentale est finalement si ramifié, si intime qu’elles ne se conçoivent pas l’une sans l’autre. L’Empire romain a provoqué la concentration de toutes les ressources morales, intellectuelles, techniques du monde méditerranéen dans les provinces qui s’enchaînent de la Lombardie à la Sicile. Il est revenu à l’Italie, chaotique mais inlassablement féconde du Moyen Âge, de la Renaissance et des temps classiques, de faire communiquer l’Occident avec tout ce fonds méridional à travers le double appareil de l’Église et de la culture profane. À partir du XVIe siècle, le développement de l’Italie n’a pas accompagné, sur le plan politique et économique, celui des grands pays d’Europe. Il est même frappant de voir la culture italienne, fidèle à ses engagements propres, rester dans une certaine mesure à l’écart des grandes forces intellectuelles qui produisent le positivisme britannique, le conceptualisme allemand, le rationalisme français. Elle en fournit plutôt le contrepoint sinon l’antidote, avec son formalisme tour à tour au service du théâtral et du familier, avec son consentement spontané à l’illusion étourdissante et à l’ironie sceptique. À cet égard, on peut considérer comme signifiante la réponse aux ambitions de l’intellectualisme cartésien qu’on trouve dans l’œuvre éloquente et savante de Giambattista Vico La Scienza nuova (1725). C’était au temps du régime étouffant des Bourbons à Naples. Vico exprime les réflexions d’une conscience humiliée par une structure sociale inconfortable, mais d’autant plus attentive à sauvegarder la liberté de l’imagination. La méthode cartésienne ne le satisfait pas: l’organisation du savoir selon le modèle mathématique n’épuise pas le réel, elle ne fournit pas le moyen de rendre compte des mythes, du langage, de l’art, sans lesquels on ignore le ressort même de l’histoire et des aspirations humaines. L’accent mis sur la faculté fabulatrice, l’attention aux intuitions, aux croyances qui se déposent dans le langage et dans les traditions poétiques, le sens de l’irrationnel dans le jeu des mentalités collectives qui emportent l’histoire, autant de thèmes qui ont pu assez légitimement faire considérer Vico comme un précurseur des sciences humaines modernes, mais qui en font, en tout cas, un témoin exceptionnel de la mentalité italienne, avec ses merveilleuses certitudes et ses vivaces ambiguïtés.

Italie
(république d') état d'Europe méridionale qui comprend une partie continentale, au N., une longue péninsule orientée N.-O.-S.-E., et deux grandes îles (Sicile et Sardaigne); 301 262 km2; 57 576 400 hab. (croissance: moins de 0,1 % par an); cap. Rome. Nature de l'état: rép. parlementaire. Langue off.: italien. Monnaie: lire. Relig.: cathol. (99,6 %). Géogr. phys. et hum. - Les Alpes forment en Italie septentrionale un arc long de 1 000 km env. Les Alpes piémontaises, à l'O., portent les plus hauts sommets (mont Rose, 4 638 m). Les massifs centraux (Alpes lombardes), compacts, précèdent les Alpes dolomitiques et vénètes, plus basses. Des cols ont toujours permis les liaisons avec les états voisins. Au pied des Alpes, la large plaine du Pô (50 000 km2) s'ouvre sur l'Adriatique. L'Italie péninsulaire est composée princ. d'une chaîne maîtresse, l'Apennin, que borde à l'E. une étroite plaine côtière et qui à l'O. domine trois bassins (Toscane, Latium et Campanie). L'Italie connaît de fréquents séismes et un volcanisme actif (Vésuve, Stromboli, Etna). Le climat, continental dans la plaine du Pô, méditerranéen en Italie péninsulaire, est marqué par une sécheresse croissante vers le S. et en Sicile. La pop., en augmentation rapide jusque dans les années 70, est groupée dans la plaine du Pô et sur les littoraux. Le taux d'urbanisation approche 70 %; quatre agglomérations excèdent le million d'hab. (Rome, Milan, Naples et Turin). L'exode traditionnel des ruraux du S. (Mezzogiorno) vers le N. s'est progressivement tari. Le solde migratoire est auj. très positif: un million d'étrangers séjourneraient clandestinement. écon. - L'Italie est la 5e ou 6e puissance économique du monde (à égalité avec la G.-B., ou avant); elle produit 18 % du P.I.B. de la C.é.E. Elle a connu, depuis 1985, un puissant renouveau. L'agriculture emploie 9 % des actifs. Elle oppose un secteur exportateur: légumes, fruits, soja, blé, riz, maïs, betterave, vigne (1er vignoble du monde), à l'agriculture peu compétitive des montagnes et des îles. L'élevage, bovin au nord, ovin dans la péninsule et les îles, ne couvre pas les besoins du pays, qui importe viande et produits laitiers. Le secteur industriel a connu les bouleversements les plus importants; il s'appuie sur une variété d'entreprises, depuis les grands groupes publics et privés jusqu'aux nombreuses P.M.E. souvent très compétitives qui réalisent des produits d'exportation de haute valeur ajoutée: électronique, bureautique, chaussures, confection, industries du luxe (à elles seules, 40 % des exportations italiennes). Les industries traditionnelles ont supprimé de nombr. emplois, mais retrouvé leur compétitivité. Le tertiaire occupe 60 % des actifs. Le tourisme, l'un des plus importants dans le monde, représente 7 % du P.I.B. national. L'économie italienne bénéficie d'une sous-traitance importante et le "travail au noir" (20 % des actifs?) produirait 150 milliards de dollars par an. La géographie économique du pays s'est modifiée. Entre le "triangle lourd" Gênes, Milan, Turin (50 % des richesses nationales) et le Mezzogiorno (Sud et îles), une "troisième Italie", dynamique, s'ordonne autour du quadrilatère Venise, Bologne, Florence, Rome. Des faiblesses demeurent: dette publique élevée, lire faible, administration inefficace, dépendance énergétique (85 % des besoins importés), puissance de la Mafia. Hist. - En 476, Odoacre, roi des Hérules, met fin à l'empire d'Occident, héritier de l'Empire romain (V. Rome). Mais les Ostrogoths, conduits par Théodoric depuis l'Europe de l'Est, conquièrent toute la Péninsule (489-493). à partir de 535, l'empereur d'Orient Justinien, profitant des divisions des Barbares, réoccupe une partie de l'Italie, qui devient une prov. de l'Empire (cap. Ravenne). Les Lombards envahissent le N. et le centre du pays. Le pape Étienne II fait alors appel au roi des Francs Pépin le Bref, qui, après deux expéditions (754 et 756), reprend Ravenne, le duché de Pentapole et celui de Rome. Le don de Rome au pape constitue le noyau du futur état pontifical. Charlemagne bat aussi les Lombards, dont il se proclame roi (774). En 800, il reçoit du pape Léon III la couronne d'empereur d'Occident. La fin de l'empire carolingien crée l'anarchie; l'Italie est ravagée par les Normands et les Sarrasins; le pape Jean XII fait appel au roi de Germanie Otton le Grand, couronné empereur en 962: le Saint Empire romain germanique est né. Pendant deux siècles, sa lutte avec le Sacerdoce (la papauté) bouleversera l'Italie. En 1190, un fils de l'empereur Frédéric Barberousse, Henri VI Hohenstaufen, épouse l'héritière du royaume de Sicile (constitué par le Normand Robert Guiscard et comprenant tout le Sud). Leur fils, Frédéric II, réunit les deux royaumes et lutte à partir de 1236 contre les villes de Toscane et de Lombardie, qui se sont émancipées de la tutelle impériale. Il rencontre l'opposition des papes (Grégoire IX, Innocent IV). Une longue lutte s'engage entre les partisans du pape, les guelfes, et ceux de l'empereur, les gibelins. Les premiers font appel à Charles d'Anjou, dont la dynastie s'établit en Italie du S., alors que l'Italie du N. et du Centre s'affranchit de la tutelle impériale. De riches cités (Venise, Gênes, Florence, Milan), souvent rivales, deviennent des rép. municipales dont la civilisation rayonne sur l'Europe occid. (XVe-XVI<sup>e</sup> s.). Au XVIe s., l'Italie est le théâtre des luttes entre la France et l'Espagne. Alors que la France, après les "guerres d'Italie" (commencées en 1494), renonce (1559) à toute incursion au-delà des Alpes, les Espagnols dominent pendant deux siècles la Péninsule, à l'exception de la rép. de Venise et du duché de Savoie. à l'issue de la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714), l'Italie du N. échoit aux Habsbourg d'Autriche, les Bourbons d'Espagne ne conservant que le royaume des Deux-Siciles et le duché de Parme et Plaisance. Les campagnes de Bonaparte (1796, 1800) aboutissent à une domination française. Les traités de 1815 rétablissent les anc. monarchies. Entre 1815 et 1849, les Italiens tentent en vain d'imposer des Constitutions à leurs souverains. Toutefois, un mouvement d'abord intellectuel puis politique et idéologique (le Risorgimento, "Résurrection") impose l'idée de l'unité italienne, mais le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert, est battu par les Autrichiens à Novare (1849). Son successeur, Victor-Emmanuel II, qui prend pour ministre Cavour, acquiert l'alliance de la France, qui pourtant avait aboli la Rép. romaine en 1849; il lutte victorieusement contre la maison d'Autriche (Magenta, Solférino) et libère la Lombardie (1859). En 1860, les pop. d'Italie centrale votent leur réunion au Piémont, la France reçoit Nice et la Savoie, Garibaldi libère la Sicile et le royaume de Naples (expédition des Mille). En fév. 1861, à Turin, le Parlement proclame Victor-Emmanuel roi d'Italie. La Vénétie est réunie au royaume après que la Prusse a battu l'Autriche à Sadowa (1866). En 1870, les troupes ital. pénètrent dans Rome jusque-là défendue par une garnison française qui protégeait le pape. L'Italie unifiée doit alors se donner des institutions politiques et une infrastructure écon. En polit. extérieure, les partis de gauche, arrivés au pouvoir par suite de l'abstention des catholiques, sont favorables à l'Allemagne et à l'Autriche (Triple-Alliance, 1882). L'Italie commence son expansion coloniale, conquérant l'érythrée en 1889 mais vaincue par l'éthiopie en 1896. De 1900 à 1914, le gouvernement de Giolitti mène une politique impérialiste, se rapproche de la France et développe l'économie. L'Italie, qui de 1915 à 1918 a fait la guerre aux côtés des Alliés, s'agrandit du Tessin et de l'Istrie (avec Trieste). En 1922, alors que le pays est en proie à l'agitation sociale, Mussolini et les fascistes marchent sur Rome et instaurent un gouv. dictatorial. En 1929, les accords du Latran règlent la question romaine. La politique extérieure est aventureuse: conquête de l'éthiopie (1935-1936), intervention en Espagne aux côtés de Franco (1936-1939), annexion de l'Albanie (1939). L'alliance Berlin-Rome, esquissée à partir de 1936, devient l'Axe en 1939. L'Italie combat dans les Balkans et en Afrique. En juil. 1943, le débarquement des Alliés en Sicile entraîne l'arrestation de Mussolini; libéré par les Allemands le 12 sept., ce dernier forme dans le N., à Salo, un gouv. républicain fasciste. Badoglio, qui, à Rome, avait succédé à Mussolini, se range aux côtés des Alliés contre l'Allemagne, qui impose à l'Italie un dur régime d'occupation. Le 26 avril 1945, Mussolini est arrêté par des partisans antifascistes et fusillé le 27. Après l'abdication de Victor-Emmanuel III (roi depuis 1900) et l'éphémère règne de son fils Humbert II, la rép. est proclamée par référendum (2 juin 1946). En 1947, le pays perd toutes ses possessions extérieures. Ruiné, il se relève lentement, dirigé par la démocratie chrÉtienne, dont le chef est De Gasperi jusqu' en 1953. Puis se succèdent de nombr. gouv. de coalition autour de la démocratie chrÉtienne, qui obtient l'appui des socialistes. L'économie connaît un essor spectaculaire qui lui permet d'adhérer aux institutions européennes: C.E.C.A. (1951), C.é.E. (1957). Dans les années 70, face à l'agitation contestataire et à l'instabilité des gouv. de coalition, le parti communiste (devenu la deuxième force politique du pays) propose un "compromis historique" aux démocrates-chrétiens. Le terrorisme, né à la fin des années 60, culmine en 1978 avec l'enlèvement et l'assassinat, par les Brigades rouges, d'Aldo Moro, président de la démocratie chrÉtienne. Malgré les scandales (liés ou non à la Mafia), et le chômage, le pays connaît, de 1983 à 1987, sous le gouv. du socialiste B. Craxi, une période de stabilité exceptionnelle. Puis les démocrates-chrétiens ont dirigé nommément: G. Goria (1987-1988), C. De Mita (1988-1989), G. Andreotti (1989-1992). Le parti communiste italien s'est transformé en parti démocrate de la gauche en 1990. Les gouv. ont une vie de plus en plus brêve, les partis se sont affaiblis, des mouvements régionalistes (Ligues) sont nés dans le Nord. En 1993, la magistrature a lancé une opération "mains propres", envoyant en prison responsables polit. et écon. On a pu croire que le "compromis historique" se réaliserait, mais le magnat de la presse écrite et audiovisuelle, Silvio Berlusconi, a créé un front avec les Ligues et le parti néo-fasciste, remporté les élections d'avril 1994 et formé un gouv. Contrairement à ses promesses, la lire et l'économie ont poursuivi leur chute. Le front s'est défait, Berlusconi a démissionné en déc. En janvier 1995, Lamberto Dini a formé un gouv. de "techniciens". En fév. 1996, la crise ministérielle a repris. Le prés. de la Rép. a dissous l'Assemblée. Les élections d' avril 1996 ont porté au pouvoir une coalition de gauche et du centre, et Romano Prodi est devenu président du Conseil. Il a répondu aux "critères de Maastricht" permettant à l'Italie d'utiliser l'euro en 1999. (V. Europe.)

Encyclopédie Universelle. 2012.

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